Les beurs gays en France

L’érotique du beur, de l’Arabe, du musulman, du Sarrazin musclé, a de tout temps titillé le cortex de l’occidental judéo-chrétien. André Gide ou Henri de Montherlant sont à cet égard, deux figures emblématiques de cette fascination homo? érotique pour les corps .

LES BEURS
LES MILLE ET UN ENNUIS

« IL N’Y A PAS UN VISAGE ICI QUE JE DESIRE REVOIR (…) SAUF TOI, AHMED, CAR TU ES LE SEUL A ME REGARDER AVEC MES PROPRES YEUX. »
CATHERINE HERMARY-VIEILLE

L’EROTIQUE DU BEUR, de l’Arabe, du musulman, du Sarrazin musclé, a de tout temps titillé le cortex de l’occidental judéo-chrétien. André Gide ou Henri de Montherlant sont à cet égard, deux figures emblématiques de cette fascination homo érotique pour les corps lascifs et désirables des jeunes Arabes. Ils devaient être tous deux fidèles et empressés lecteurs des contes des Mille et une nuits. Et tout particulièrement de celles, torrides et orientales, du célèbre dévoreur d’éphèbes qu’était Abou Nawas. Ce dernier, ostensiblement homosexuel, prêchait l’amour du jeune homme et non de l’éphèbe, contrairement à ses contemporains.
Peut-être aussi, ces deux écrivains se voyaient-ils travestis en chevalier du temple et luttant avec de jeunes maures musculeux, uniquement vêtus de pagnes impudiques ? Joutes, qui certainement dans leur esprit se terminaient immanquablement par des effusions aussi peu guerrières que viriles.

REVES D’ORIENT
Oscar Wilde, Jean Genet, Pier Paolo Pasolini, ont également illustré dans leur vie, dans leur Å“uvre, cette érotisation post-coloniale. Dans sa très libre adaptation des Mille et une nuits, Pasolini nous livre sans retenue, pour une fois, ses phantasmes les plus secrets. On y découvre toute son adoration de la plastique arabe, ainsi hélas, que son goût morbide et sadomasochiste de l’autodestruction.
Dans son Captif amoureux, Jean Genet le rejoint sur ce terrain néo-christique du martyr et du don de soi, face à la force brute et sauvage de l’Arabe. Le peuple palestinien, opprimé par les israéliens, était pour Genet aussi excitant sexuellement que les condamnés à mort montant vers l’échafaud de ses premières amours.
Wilde, lui, plus instinctif se contentait, en bon hédoniste, de jouir de l’instant présent, grisé par le champagne et les corps capiteux qu’il consommait en grande quantité au bordel. Plus proche de nous, le magnifique ouvrage de Catherine Hermary-Vieille ravive ces images sensuelles de corps toujours tendus et attirants. Dans son Grand Vizir de la nuit, publié en 1984, elle décrit en termes sublimes et précis l’image de l’Arabe attirant. De l’Arabe actif et insatiable évoluant dans des vapeurs d’encens, sur fond de harem et de danse du ventre. Cette réputation, vraie ou fausse, peu importe, est encore bien ancrée aujourd’hui dans l’imaginaire collectif gay.

LA BANLIEUE C’EST PAS ROSE
Pas facile, en 2001, d’être jeune, gay et beur en habitant dans une banlieue où tout finit par se savoir. Option de vie quasi insoutenable puisqu’elle se situe au sein d’un environnement qui exalte le machisme. Les tournantes très en vogue dans les médias, illustrent parfaitement la détestable ambiance qui règne dans ces lieux voués à la violence, et à la haine de l’autre. Incitation à la norme virile d’autant plus forte, qu’elle s’exprime à l’intérieur d’une cellule familiale musulmane étroite. Si le Coran n’est pas, par lui-même, très explicite sur la question homosexuelle, son interprétation par les imams est pour le moins restrictive et hypocrite.
Pour aimer tranquillement les garçons lorsque l’on naît musulman, il est préférable d’appartenir à une famille aisée. Comme toujours, il vaut mieux être jeune, beau, intelligent et friqué. Privilèges plutôt rares, il faut bien le reconnaître, au pays pas joyeux du tout, des cités-dortoirs pour ne pas dire poubelles. Qu’on se le dise ! la banlieue est homophobe et sectaire. Les jeunes beurs gays des cités doivent dissimuler leurs tendances profondes, sous peine d’être exclu de leur communauté où le mal hétéro règne, à l’exclusion de tout autre choix. Qu’ils doivent être nombreux et habilement dissimulés les suicides d’ados beurs ! Comment pourraient-ils assumer visiblement leur désir dans un cadre aussi hostile et répressif ?
Le très bon bouquin publié au Rayon chez Balland : Cet Arabe qui t’excite de Djalill Djellad, propose une excellente approche et bien ficelée, de la psychologie du jeune beur gay banlieusard. Surtout en région parisienne où l’exclusion sociale ordinaire s’ajoute pour le beur au racisme inconscient des établissements gays.
Bien sûr chaque bistrot a son bon beur, mais globalement ce n’est pas simple pour les petits beurs de s’éclater dans le milieu gay parisien.
Le Marais n’est pas vraiment un havre de paix ou de reconnaissance pour les jeunes beurs des cités. Ces derniers ne se retrouvent guère dans des trentenaires bobos parfaitement insérés dans le gay Paris et sans souci.

UN RACISME LATENT
Afin de lutter contre cet état de fait l’association Kelma tente déjà depuis plus de cinq ans, de donner aux maghrébins les moyens de s’assumer. En organisant par exemple des soirées pour les beurs et en leur permettant de s’exprimer dans un cadre associatif.
D’une manière générale, les beurs parisiens ont l’impression d’être considéré par les gays comme des bêtes de sexe. Ils sont forcément actifs, sportifs et bien montés. Ils se sentent envisagés comme des objets sexuels de consommation courante.
Au sein de la communauté gay, ils aspirent simplement à un rapport équilibré. En plus, quand ils ne sont pas considérés comme des godes humains, ils sont souvent perçus comme des individus socialement inférieurs. Ils ont à tort ou à raison, le sentiment que ceux qui les fréquentent le font pour avoir l’air antiraciste et branché.
Espérons qu’avec le temps, ces beurophages faussement ouverts et avides d’exotisme disparaîtront du paysage gay. Pire encore, ils sont automatiquement perçus comme des délinquants potentiels. Soyons sérieux, il n’y a pas que des jeunes gens très bruns qui quittent l’appartement de l’amant d’un soir avec du fric et des CD dans leurs poches. En arriverons-nous aux dérives imbéciles de l’Amérique du Nord, où chaque minorité à l’intérieur de la planète gay s’exprime au travers d’une association identitaire.
En province, heureusement le problème se pose avec beaucoup moins d’acuité. Les bars et les boîtes gays sont plus accueillants à l’égard des minorités. La mode, grande spécialité des gays, contribue indirectement à faire avancer les choses. Le look caillera est adopté par de nombreux jeunes gays et facilite indirectement l’intégration des beurs.
Souhaitons que la France gay fasse étalage de ses lumières et découvre une alternative innovante face au « tous différents » des U.S.A. Pourquoi ne pas ouvrir une maison de l’homosexualité qui regrouperait toutes les ethnies, toutes les cultures, toutes les religions ? Ce lieu serait un lieu de partage et d’enrichissement personnel. Il constituerait un moyen efficace de compréhension et placerait chacun de ses membres sur un pied d’égalité. Car finalement l’aspiration du beur est toute simple. Un jeune beur mignon (et il y en a beaucoup !), veut être désiré parce qu’il est mignon et non parce qu’il est beur et mignon…

THIERRY FAUCONNIER – (Magazine – Juin 2001)

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