Film : Les corps ouverts

un film de Sébastien LIFSHTIZ

KELMA était convié  à l’avant-première de ce premier film d’un jeune réaisateur, qui a choisi un sujet trop peu traité jusqu’à présent : la découverte de désirs contradictoires par un jeune beur. Entouré par ses acteurs (Pierre-Loup RAJOT, et surtout Yasmine BELMADI, personnage principal dont a première apparition à l’écran est étonnante de présence et de naturel), Sébastien LIFSHITZ a répondu à quelques questions sur les ambitions de son film.

“C’est un film sur le désir, qui parle d’homosexualité mais sans la problématiser. Le personnage principal est presque associal : un beur mais qui s’appele Rémi, homosexuel sans doute, mais qui ne l’accepte pas encore, membre d’une famille que la mort défait lentement, et qui passe ses journées à errer seul ou presque, parce qu’il n’est attaché à rien ni à personne. Un jour, par hasard, rémi se rend à un casting, où le réalisateur est séduit par son jeu autant que par son physique. Marc et lui couchent ensemble, mais rémi est-il vraiment amoureux de Marc ? Déboussolé par cette expérience, Rémi ne sait plus trop où en sont ses désirs, et mutiplie les rencontres, garçons et fils confondus, pour se perdre, à moins que ce ne soit pour se prouver quelque chose, mais quoi ?”
Ce qu’apporte surtout ce courant d’air frais dans le cinéma français, salué par le Prix Jean Vigo 1998 pour son écriture moderne – c’est la volonté d’éviter les clichés habitues du jeune-beur-à problèmes : il est confronté aux mêmes manques de repères que tous les jeunes homosexuels de son âge, et tous les post-adolescents en général, tous en quête d’affection. De même, Sébastien LIFSHITZ dépasse es préjugés sur le maghrébin forcément dominant, puisqu’ici e partenaire actif n’est pas celui auquel on s’attend.

Yasmine BEMADI, à notre question “comment l’homosexualité pourrait-elle etre mieux acceptée dans les cités et banieues ?”, apportait son témoignage : “C’est surtout le manque d’ouverture d’esprit qui provoque chez les jeunes, beurs oun on, cette exclusion des gays. Exclure soi-même pour moins ressentir sa propre exclusion provoque cette intolérance, qui pourrait disparaître avec davantage de contacts, de culture et d’ouverture sociale.”

CRITIQUES CINEMA :

Cahiers du Cinéma :
« Beur, bi et beau : pour lui la vie va commencer. Un film intrigant. »

Rémi (Yamine Belmadi) est un garçon d’origine arabe qui vit avec son père et sa soeur. Le jeune homme prépare mollement un bac d’économie, davantage préoccupé par les garçons. de lieux de drague en cinémas pornos, il multiplie les rencontres. Un jour, il se rend à un casting et se fait draguer par le metteur en scène (Pierre-Loup Rajot). e récit déconstruit évite a chronoogie des séquences, se calant sur le timing  du casting, figure qui donne au fim sa forme et son sens. Pour rémi, les essais dépassent largement le cadre de l’entretien vidéo. e jeune homme se trouve à un point de son existence où chaque situation vécue a valeur de casting. Ainsi, on le voit s’essayer à tous es rôles : fils de famille méritant (i fait la vaiselle, est affectueux avec son vieux père à qui il fait croire qu’il prépare sérieusement son bac), grand frère macho et moralisateur, en fin homosexuel apprenant les codes et le langage de la drague. Comédien novice, rémi “apprend” un texte qui ui résiste. Rien n’est pus compliqué que de dire, avec e ton et au bon moment, “Je suis pédé” ou “Je préfère les garçons”. Chaque fois qu’i lâche sa réplique, son interlocuteur (un copain de ycée ou une fie rencontrée dans a rue) ne veut pas le comprendre. Rémi doit apprendre à sa faire entendre et imposer son personnage. La métaphore du casting rend très bien compte de cette appréhension propre à l’adolescence tardive, lorsqu’on doit faire l’apprentissage de nouveaux rôles dans la vie. Rémi multiplie les expériences de façon maladroite, avec ‘hésitation des débutants; le jeu innocent et intuitif de Yasmine Belmadi, dont c’est a première apparition au cinéma, en donne une expression très forte?Mais un casting met autant en jeu ‘acteur que le metteur en scène qui le reçoit. Par les questions qu’il pose, le personnage interprété par Pierre-Loup Rajot se dévoie autant que rémi e fait par ses réponses. Entre le film virtue et ceui qui se réalise sous nos yeux, des correspondances de pus en pus étroites se tissent. ‘ambiguïté redouble lorsque Sébastien Lifshitz apparaît lui-même dans son film, au cours d’une longue scène où il séduit Rémi dans es toiettes. Ces échos et correspondances (entre les deux metteurs en scène, e vrai et le faux) quadrillent e film jusqu’à cerner le point où i s’origine (l’nvie de séduire son modèle) et dressent un auto portrait ironique du metteur en scène dragueur. Sébastien Lifshitz appartient à cette “famile” de dragueurs pour qui l’essentiel de a drague tient dans la rencontre et la saisie de ‘instant. le film impose un sens étonnant de la captation, des climats, des sons, des umières. Comme a peau de Rémi, chatouilée par a course d’une araignée sur son torse, le film est une plaque sensible à l’écoute des sensations es plus délicates. La déconstruction du scénario (co-écirt avec Stéphane Bouquet) sert remarquabement à intensifier chaque scène, à les faire vaoir comme des instants suspendus. Ce talent impressionniste adoucit et alège la douleur que le film porte en lui. Si rémi manque de repères, et si son apprentissage ne bva pas sans blessures, le film et son personnage son de plain-pied dans la vie. Les Corps ouverts a la beauté sensuelle des balades indécises dans une vile en pleine nuit d’été, lorsqu’on se dit, exalté et ouvert à tous les possibles, que tout peut arriver.

J.M.L.
LES CORPS OUVERS
de Sébastien Lifshitz

Les Inrockuptibles :

L’adolescence est l’un des grands sujets du cinéma d’ici, de Truffaut à Téchiné pour prendre des exemples presque clichés. Dans ce moyen métrage (45 mn), Sébastien Lifshitz se montre largement à la hauteur de l’héritage en renouvelant avec talent la manière de filmer la douleur et l’exaltation de cet âge des possibles. Son adolescent, Rémy,  un lycéen d’origine maghrébine, se rend un jour à un casting où il se fait draguer par le metteur en scène. Cette scène houleuse et tendue est le centre nerveux du film. A tel point que Sébastien Lifshitz l’a fragmentée et disséminée tout au long du récit. Une formidable intuition qui engage à parler de metteur en scène à son propos. Car entre deux plans du casting au sens strict, les autres scènes deviennent le casting de l’identité que Rémy se cherche. Face à son père, il tient le rôle du fils prévenant et travailleur. Face à sa soeur, il joue le grand frère méditerranéen et responsable. Face au personnage de Margot Abascal, il s’essaie à l’emploi d’amoureux. Mais il est surtout préoccupé par les garçons. Un rôle un peu ingrat quand on a 18 ans : Rémy a bien du mal à articuler le “Je suis pédé”  fatal. Au détour d’une scène, dans les toilettes sombres d’un sex-shop de la rue Saint-Denis, il rencontre un garçon pour une relation qu’on imagine purement sexuelle. Et puis une tendresse amoureuse prend le relais, et sans que grand-chose soit passé ou dit, on sent Rémy délesté à la fin de la scène. Ce partenaire de passage est incarné par Sébastien Lifshitz lui-même, doublement présent par ce rôle et par le personnage du metteur en scène. Une transparence un peu soulignée, mais après tout pas si courante. Et si le film échappe à la pure théorie, à la maîtrise stérile, c’est à la faveur de trouées bienvenues dans la narration. Ainsi, ce beau plan au début du film où une araignée court sur le torse nu de Rémy. La scène n’offre que ça, mais l’offre complètement. Plus tard, on sentira de façon presque épidermique la rumeur de la nuit. En ce sens, le film mérite complètement son titre. Les corps y sont à vif. Les sens, en alerte. Et pendant la fameuse scène de casting à répétition, a plus violente, Yasmine Belmadi et Pierre-Loup Rajot se donnent généreusement dans un affrontement intime. Mais vient quand même un moment où le spectateur se sent de trop. Il est alors temps que Les Corps ouverts  se referment.
Beur, bi et beau : pour lui la vie va commencer. Un film intrigant.

Olivier Nicklaus

Libération : 

Réaliser un film reposant sur ‘indécision, c’était ‘intrigant pari de Sébastien Lifshitz.s.  Il est brilamment réussi dans ce moyen métrage d’une quarantaine de minutes, présenté au Festiva de Cannes et récompensé en 1998 par e prix Jean-Vigo du… court métrage. Son héros, rémi, a 18 ans, ‘âge de tous les possibles. Ce ycéen beur refuse encore de choisir entre deux âges (la tendresse de l’enfance, résumée dans une scène boueversante avec son père malade, et le désir de l’adute), deux langues (le français et l’arabe), deux carrières (les études et le cinéma), deux sexuaités surtout (Rémi passe des femmes aux hommes, hésite entre la multiplication des expériences et l’engagement). Ces incertitudes se traduisent dans le récit et la mise en scène: Lifshitz brouie les repères chronologiques et psychologiques pour expériementer le passage entre simuation et sensa_ion, entre fiction et réalité. Les Corps ouverts touche aussi par sa représentation très désirance des corps et de leurs émotions. Dans a nuit parisienne, tantôt belle, tantôt glauque, Sébastien Lifshitz fime amoureusement ses acteurs : Pierre-Loup rajot (directeur de casting sûr de ui dans certaines scènes, amant troublé dans d’autres) et surtout, le beau débutant Yasmine Belmadi, qui donne au personnage de Rémi toute la complexite et l’émotion nécessaires.

SAMUEL DOUHAIRE

Extrait du Monde télévision

Pendant trois quarts d’heure, ifshitz suit le parcours de rémi, une jeune beur qui aimerait faire du cinéma et devient ‘amant d’un metteur ens cène pas craiment sympathique (Pierre-Loup Rajot). En quête de sentiments crais, i ne trouve que rencontres sexuelles et furtives, qui lui laissent un goût amer. Yasmine Belmadi interprète avec justesse et sensibilité ce garçon attachant et un peu paumé. I est le principal attrait d’un film qui a obtenu e prix Jean Vigo du court métrage en 1998.

O.M.

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